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La 1re L et le Prix Jean Renoir des Lycéens Fémis 10 et 11 mai 2017 - Retour sur la cérémonie de remise des Prix

mardi 16 mai 2017, par Administrateur.

Palmarès national du prix de la critique
Clémentine Miconi remporte le 3e prix dans la catégorie des Lycées généraux

Dans le cadre du Prix Jean Renoir des Lycéens, les élèves de 1re L ont dû voir, entre octobre 2016 et avril 2017, hors temps scolaire, 7 films :

  1. Le Fils de Jean de Philippe Lioret
  2. Soy Nero de Rafi Pitts
  3. Sonita de Rokhsareh Ghaem Magami
  4. Moi, Daniel Blake de Ken Loach
  5. Baccalauréat de Cristian Mungiu
  6. Tramontane de Vatche Boulghourjian
  7. Les Oubliés de Martin Zandvliet, film primé au final.

Les élèves avaient l’obligation de rédiger, pour chacun de ces films, individuellement ou en groupe, une critique classique ou créative. L’exercice, exigeant et répétitif, a été fait avec application par chacun et chacune. Leurs professeures de Lettres, Mme Ferrière et d’Histoire-Géographie, Mme Caillot-Morby, soulignent leur investissement sans faille.

C’est avec émotion qu’Eléa Chaillot et Alexia Beaudoire, les élèves représentants de la classe de 1re L ont reçu, pour leur camarade Clémentine Miconi,

le 3e prix national de la critique dans la catégorie des Lycées généraux pour la critique du film Sonita de Rokhsareh Ghaem Magami. Clémentine s’est particulièrement investie dans le projet et a multiplié les critiques cinématographiques sur différents supports, consultables – comme les travaux de ses pairs - sur le blog Méz’infos.

Ci-après la critique récompensée du film documentaire Sonita :

La dompteuse de mots
Ses rêves, sa détermination. Voilà ce qui nourrit Sonita, jeune Afghane à peine sortie de l’enfance et réfugiée en Iran avec sa sœur et sa nièce. Sur son chemin semé d’embûches, elle rencontre Rokhsareh Ghaem Maghami, celle qui deviendra très vite la réalisatrice d’un documentaire autour de l’adolescente, mais aussi de son clip de rap. Cette vidéo, qui malgré le peu de moyens financiers de l’équipe de tournage, restera marquante. Le fond noir contraste avec la robe blanche dont est vêtue Sonita, et c’est de son sang dont elle tachera cette même tenue de noces, déjà imprégnée de ses larmes. Il ne s’agit pas que de ses pleurs, mais de ceux aussi de toutes celles qui subissent ce terrible destin inévitable, qui pèse sur leur enfance tourmentée par la peur. Derrière notre écran, nos oreilles sifflent, notre souffle saccadé est alimenté par la colère s’étant emparée de nos muscles, nous souffrons pour elle mais cela n’est-il pas un sentiment bien dérisoire et égoïste qui nous envahit de là où nous sommes ?
Il y a aussi la honte qui nous a assaillies, celle d’avoir pu nous emporter contre notre frère ou notre père qui n’a pas voulu nous emmener en soirée, mais ne vaut-il mieux pas cette contrariété futile que d’être emmenées de force, par ces derniers, à l’autel ?
Plus que le destin, c’est la rage et le talent qui animent la jeune fille. Dès son plus jeune âge, l’art de jouer avec les mots, avec ses « vers » qui sont sa poésie, devient naturel et c’est ce talent qu’elle met à profit pour se révolter face à la tradition, celle du mariage qui est une sentence pour toutes ces Afghanes ne pouvant s’opposer à la décision familiale.
Lorsque Rokhsareh Ghaem Maghami fait le choix de filmer le quotidien de Sonita, elle devient son ombre, et même parfois plus, peut-être trop. Elle va jusqu’à interférer dans la vie de la jeune fille, en payant pour repousser un mariage forcé et un retour au pays de naissance de cette dernière. Entre éthique que tout documentariste se doit de respecter et l’envie de continuer son film mais aussi de sauver sa protégée d’une vie qu’elle n’a pas désirée, la cinéaste fait un choix qui lui sera sans doute reproché par certains mais qu’elle ne regrette en aucun cas. Si Sonita peut profiter d’une bourse d’étude aux Etats-Unis aujourd’hui, ce sont les 2000$ de la réalisatrice qui lui ont donné assez de temps pour être dénichée par une chercheuse de talent américaine.
Cette trop grande proximité entre la réalisatrice et son « sujet » minent parfois l’image. On ne sait si ce que l’on voit est réel ou si c’est une scène rejouant des événements passés, si c’est en trop ou si, au contraire, ce n’est pas assez. Car si obtenir les papiers de Sonita fut une épreuve difficile, il est étonnant de voir la facilité avec laquelle une caméra a pu entrer à l’intérieur même d’une des passerelles du gouvernement. Cette légèreté quant à la représentation faite de l’Etat afghan, avec ces agents souriants qui saluent presque la caméra, est de trop, on n’a pas envie de voir cela alors que l’on a connaissance des pratiques légales en vigueur dans le territoire.
C’est un film documentarisé qui laisse un avis mitigé, mais qui, malgré les quelques petits reproches qui lui sont faits, reste d’une grande qualité par le choix du sujet et les prises de positions assumées par tous les acteurs du projet.

Clémentine Miconi, 1re L